Comment reprendre le contrôle de ses émotions après un événement traumatisant ? L’EMDR, une méthode brève à la portée de tous.

(actualisé le ) par M. Ziane

Cet article a été validé par un comité de lecture anonyme avant d’être publié dans Sport, santé et préparation physique (n°138 - Avril 2016).
Il a ensuite a été repris et diffusé par l’Institut français d’EMDR (IFEMDR) validant aussi son contenu.

Victime d’un traumatisme de la vie, tel qu’un accident sportif (cyclisme, motocross), la perte d’un proche, d’une agression (Monica Seles poignardée en 1993), d’une prise d’otages (J.O. de Munich en 1972), d’un attentat (Euro de Football 1996, J.O. d’Atlanta en 1996, Marathon de Boston en 2013…)… certains sportifs ne se remettent jamais d’un échec ou d’un évènement qui a pu les « traumatiser » en rapport ou non avec la pratique sportive.
En plus de marquer profondément la personne et sa personnalité, un tel traumatisme peut mettre un terme à l’activité sportive voire sociale. Des évènements moins graves peuvent également hanter le sportif voire le conduire à la même impasse : Une défaite cuisante voire humiliante, une victoire « volée », une frayeur (équitation), un désaveu, une trahison, une humiliation…
L’EMDR ou Eye movement desensitization and reprocessing est une méthode thérapeutique brève, qui pourraient permettre à des sportifs qui revivent mentalement et en permanence des évènements passés douloureux voire traumatisants, comme s’ils étaient encore présents, de reprendre, en quelques séances, le contrôle de leurs émotions et de leur vie psychique et sociale… sans avoir à faire 20 ans de psychanalyse.
Les sportifs concernés pourraient ainsi tirer rapidement parti d’une telle méthode.

Qu’est-ce que l’EMDR ?
Sa traduction française est désensibilisation et reprogrammation par mouvements des yeux.
Cette thérapie brève a été découverte en 1987 par une psychologue américaine, Francine Shapiro, membre du Mental Research Institute de Palo Alto. L’histoire officielle de cette méthode est contée ainsi : « C’est par hasard, lors d’une promenade en mai 1987, que la psychologue américaine Francine Shapiro découvrit que ses « petites pensées négatives obsédantes » disparaissaient quand elle faisait aller et venir rapidement ses yeux de gauche à droite. Il ne lui en fallut pas davantage pour proposer l’exercice à ses collègues, l’expérimenter auprès de ses patients et créer l’EMDR, avec des résultats éclatants – notamment pour les états de stress post-traumatique (ESPT) subis par les victimes de conflits, d’attentats, de violences sexuelles ou de catastrophes naturelles » Michelet (2005).
La méthode découverte est mise au point par Francine Shapiro a été vulgarisée dans un livre sorti en 2005 (Shapiro & Silk Forrest, 2005).
L’EMDR permet de réactiver les processus psychiques d’auto-guérison appelés « traitement adaptatif naturel ». En débloquant le fonctionnement en boucle du psychisme (évocations récurrentes), l’EMDR permet au psychisme de mobiliser à nouveau ses ressources et ainsi à la personne de reprendre ses activités quotidiennes (familiale, professionnelles, sportives…) au bénéfice de l’estime de soi. Au cœur du processus : « Une intégration de « souvenirs » pathogènes dans la mémoire, qui cessent ainsi d’être douloureux  ».

Comment ça fonctionne ?
Faute d’éléments tangibles, l’explication est hypothétique : « [Si] Les résultats sont incontestables […] la raison des progrès enregistrés reste énigmatique. Peut-être s’agit-il d’une reconstruction de la mémoire profonde du même ordre que celle qui se produit dans le sommeil paradoxal (où le dormeur connaît des mouvements oculaires analogues) ».
Précisons que l’EMDR « ne peut ni effacer, ni changer [oublier] le passé, mais permet qu’il ne fasse plus mal ». Pour autant les effets sont bien réels et la méthode d’une efficacité démontrée (Van Etten, 1998 ; Spector & Read, 1999 ; Sack, Lempa & Lamprecht, 2001). Les personnes en états de stress post-traumatique ou plus simplement de petits traumatismes émotionnels peuvent reprendre une vie quasiment normale.

Le reportage en lien ci-dessous est éloquent :
http://www.dailymotion.com/video/x2lmqj_guerir-autrement-emdr_tech

La méthode et ses étapes
Cette thérapie ne doit être conduite que par un professionnel formé et certifié à cette méthode : L’association EMDR Europe a établi des critères très stricts qui régissent cette certification. En plus d’une de base à la psychothérapie nécessaire, le praticien doit suivre une formation complémentaire.
Cette méthode comprend huit étapes :

  1. Diagnostic et planification en accord avec le patient : Cette méthode ne s’applique pas à toutes les pathologies et tous les candidats ne sont pas éligibles, notamment ceux qui n’ont pas les capacités d’évocation de souvenirs douloureux et d’y faire face.
  2. Préparation et relaxation : Le praticien s’assure notamment des capacités du patient à contrôler ses émotions.
  3. Évaluation : Elle permet entre autre de sélectionner les souvenirs qui feront l’objet du traitement.
  4. Désensibilisation : Le patient évoque mentalement une image du souvenir traumatisant et l’associe à son idée négative et au ressenti corporel. Il suit avec les yeux un point lumineux qu’il déplace d’un côté à l’autre. Il doit suivre les associations mentales qui se font naturellement et qui sont censées être au cœur du traitement. Cette phase du traitement se poursuit jusqu’à ce que le patient évalue sa détresse à 0 ou à 1 sur l’échelle de 10.
  5. Ancrage : Elle consiste à associer une idée positive à ce qu’il reste du souvenir de l’événement traumatisant. Quand l’évaluation de la détresse atteint 1 ou 0, le thérapeute demande au patient de repenser à l’objectif fixé en début de séance. Les mouvements oculaires continuent jusqu’à ce que le patient évalue la cognition positive à 6 ou à 7 sur une échelle de 10.
  6. Bilan corporel : Cette phase vise à identifier d’éventuelles « sensations négatives » résiduelles et d’aider le patient à les dissiper par d’autres séries de mouvements oculaires.
  7. Conclusion : Le thérapeute cherche à ce que le patient se trouve dans un état émotionnel stable et qu’il soit prêt à bien réagir en cas d’évocation, entre deux séances, de souvenirs traumatisants.
  8. Réévaluation : Le patient est invité à repenser au but fixé lors de la séance précédente. Ses réactions permettent alors au thérapeute d’évaluer l’effet de la thérapie et de l’adapter.

Exemples d’application en sport
Les études sur l’utilisation de l’EMDR en sport sont très nombreuses avec des publications dans des revues scientifiques à comité de lecture.
Foster & Lendl (1996), qui ont travaillé entre autres à l’amélioration des performances d’athlètes, ont mis au point un Protocole Peak Performance à la place des huit étapes décrites plus haut.
Graham (2004) a utilisé cette méthode avec des nageurs qui ont vécu une épreuve sportive bouleversante. Elle a montré comment cette méthode leur a permis de retraiter l’événement et de résoudre certains des conflits d’une manière plus adaptative. Elle suggère en conclusion qu’en se formant à cette méthode, les psychologues du sport pourraient aider les sportifs à dominer ses démons et même à devenir autonomes dans l’utilisation de cette méthode.
En France, Regourd-Laizeau & Col. (2012) ont présenté de façon détaillée l’apport de l’EMDR au développement d’un style explicatif optimiste dans le domaine du sport.

Conclusion
Cette thérapie a été introduite en France par le docteur David Servan-Schreiber (2005).
Deux idées importantes sont à retenir :

  1. En cas de traumatisme psychologique, il est inutile d’attendre et de souffrir inutilement pour suivre cette thérapie brève.
  2. Cette thérapie n’est pas réservée aux traumatismes graves, mais convient aussi aux petits traumatismes (contrariété, conflit, frayeur…).

Par ailleurs, si cette méthode a été vivement critiquée par la communauté psychanalytique américaine, elle-même souffrant d’un discrédit croissant, il faut lui reconnaître d’avoir permis à de nombreuses personnes emprisonnées dans leur souffrance, de retrouver un équilibre psychologique et une vie normale.

Références :

  • Foster, S., & Lendl, J. (1996). Eye movement desensitization and reprocessing : Initial applications for enhancing performance in athletes. Journal of Applied Sport Psychology : 7-63.
  • Graham, L. B. (2004). Traumatic Swimming Events Reprocessed with EMDR. U.S. Sports Academy. The sport journal.
  • Michelet, S. (2005). EMDR : Le vrai mode d’emploi. Psychologie. En ligne.
  • Regourd-Laizeau, M., Martin-Krumm, C. & Tarquinio, C. (2012). Interventions dans le domaine du sport : le protocole d’optimisme. Pratiques psychologiques. 18-2 : 189-204.
  • Sack, M., Lempa, W. & Lamprecht, F. (2001). Study quality and effect-sizes – a meta-analysis of EMDR-treatment for posttraumatic stress disorder. Psychotherapie, Psychosomatik, Medizinische Psychologie. 51(9-10) : p. 350-355.

Voir en ligne : Evènement traumatisant. Comment reprendre le contrôle de ses émotions grâce l’EMDR ?