L’empathie : Comment développer cette compétence pour mieux accompagner dans la réussite ?

(actualisé le ) par M. Ziane

L’une des compétences de l’entraîneur est de comprendre ce que vivent et ressentent les sportifs dont il a la charge. Ceci lui permet d’ajuster l’entraînement et d’adapter les exercices proposés à chacun au bénéfice du développement des ressources et des apprentissages.
Mais, nombreuses sont les personnes qui confondent empathie et contagion émotionnelle. Cette confusion conduit la plupart du temps à une impasse.

Appréhender la singularité de chacun
Si, « Tous les Hommes sont égaux », chaque personne est différente des autres sur plusieurs plans. Cet ensemble de différences ou particularités, qui fondent la singularité de chacun, est à considérer dans le cadre de la prise en charge et du suivi individuel, notamment en sport. La prise en compte de la singularité de chacun relève aussi de l’empathie de l’entraîneur. Plus précisément, les particularités du sportif à appréhender se situent aux plans :

  • psychologique (ses valeurs, ses enjeux et objectifs personnels, ses motivations, ses préférences, ses appréhensions, ses blocages),
  • physiologique (résultats de tests, fatigue, sommeil, alimentation …),
  • anatomique (sa morphologie, ses antécédents traumatologiques, ses douleurs diverses…),
  • biomécanique (la longueur de ses leviers, forces, stabilité, souplesse, capacités de vitesse, d’accélération…),
  • social (ses autres activités, son temps disponible, sa vie familiale et professionnelle…).

Mais, ces éléments et leurs relations ne sont, pour partie, pas directement visibles, comme par exemple l’anxiété, cette sensation de malaise liée à la peur d’échouer, de décevoir ou de se blesser. L’observation et l’écoute sont alors incontournables, en lieu et place :

  • des explications « toutes faites », «  Il/Elle n’y arrive pas parce qu’il/elle ne fait pas tout simplement ce que je lui dis », « Si il/elle ne court pas vite, c’est à cause de son poids  », « Si il/elle ne maigrit pas, c’est parce qu’il/elle mange trop  », « Si il/elle a mal au genou, c’est parce qu’il/elle a de mauvaise chaussures »…
  • des jugements à l’emporte-pièce : «  Il/Elle est n’a aucune volonté », «  Il/Elle refuse de faire les efforts demandés », «  Il/Elle ne fait rien pour y arriver », « Il/Elle ne s’est pas fait mal, il/elle joue la comédie »…

Bien qu’intuitives, ces approches erronées font obstacles à la compréhension de l’autre.

Qu’est-ce que l’empathie ?
L’empathie est une source de connaissance de l’état psychologique de l’autre, elle permet ainsi de se faire une idée de l’état mental dans lequel est l’autre personne : Anxieuse, surexcitée, désabusée, motivée...
Elle est ainsi la capacité « […] à ressentir une émotion qui est appropriée, en réponse à celle qui est exprimée par autrui  » (Grèzes, 2014), comme par exemple être surpris par la déception d’une personne qui monte sur le podium, alors que ses attentes étaient plus de réaliser une performance ou un meilleur classement. Mais, cela peut-être aussi le fait de partager la joie d’une réussite ou la déception d’une erreur d’arbitrage.
Mais, ressentir une émotion ne suffit à pas à définir l’empathie : « En plus de ce ressenti de l’émotion de l’autre, il faut être capable de dissocier soi de l’autre, et de réguler ses propres réponses émotionnelles » (Grèzes, Ibid). Ceci implique de différencier ses émotions de celles de l’autre personne et ainsi ne pas se sentir pris à parti, comme on peut le voir au cours de certaines compétitions ou des proches des sportifs viennent se mêler de l’arbitrage ou du coaching, allant jusqu’à revendiquer de façon virulente. Il s’agit donc et ainsi d’être conscient de la source de l’émotion et pouvoir décoder l’émotion d’autrui.

Les avatars de l’empathie
A défaut d’empathie au sens strict, nombreux sont ceux qui, pensant comprendre les autres, procèdent en réalité et inconsciemment, soit :

  • par projection de sens, d’intentions, de valeurs, de modes de fonctionnement (Laplanche & Pontalis, 1967), l’autre étant considéré comme identique à soi, comme par exemple « Il/Elle ne me regarde pas dans les yeux quand je lui parle, parce qu’il/elle n’est pas honnête » (alors que dans certaines culture, regarder dans les yeux est interprété comme de la défiance vis-à-vis de l’autorité).
  • par conjecture (Carfantan, 2002), expliquant le comportement ou l’attitude de l’autre comme s’il s’agissait d’eux-mêmes, comme par exemple, « Il/Elle sourit quand j’élève la voix, c’est de la provocation, je faisais exactement pareil lorsque j’étais petit » (alors qu’il peut s’agir d’un sourire gêné par exemple),
  • par contagion émotionnelle (Grèzes, op. Cit.), pensant pouvoir ressentir ce que ressent l’autre en s’imaginant à sa place, comme par exemple «  Je sais ce qu’il/elle ressent dans ces moments-là, j’ai vécu la même chose » (alors que les ressentis peuvent être tout à fait différents pour des événements identiques voire vécus ensembles).

Or, ces trois écueils ne permettent ainsi pas de réellement comprendre ce que vivent les autres : Leurs difficultés de se représenter, de comprendre ou d’agir, leurs appréhensions, leurs choix...
Ces obstacles sont éloquents en sport : Le sportif n’est pas l’entraîneur en plus jeune ou en moins expérimenté, même lorsqu’il s’agit de son enfant sur lequel on projette ses ambitions sportives, c’est une tout autre personne.

L’empathie pour comprendre autrui
Comprendre les autres implique de dépasser le décodage des émotions pour envisager l’empathie dans toutes ses dimensions :

  • L’empathie émotionnelle ou capacité à comprendre les émotions des autres, telles que la peur de tenter une nouvelle figure en gymnastique, une acrobatie en BMX ou en roller ou l’excitation à l’approche d’une échéance sportive à enjeu.
  • L’empathie cognitive, qui permet de comprendre la façon de penser des autres, leurs intentions et projets, comme le besoin de réussir pour (se)prouver sa valeur ou de progresser pour démontrer des compétences attendues (pompiers, Staps…).
  • L’empathie compassionnelle qui fait référence à la sollicitude ou attitude bienveillante à l’égard d’autrui, comme par exemple emmener en compétition certaines affaires en double sachant que le sportif sous pression peut en oublier.

L’empathie de l’entraîneur, permise par l’observation et l’écoute, permet alors de comprendre les obstacles internes au sportif ou les difficultés qui sont un frein à sa progression et ainsi, d’adapter son intervention en conséquence.
L’empathie de l’entraîneur permet ainsi au sportif d’être pris en compte en tant que personne singulière et non pas comme individu anonyme.

Etapes et registres d’intervention empathiques
L’empathie de l’entraîneur vis-à-vis du sportif peut s’inscrire comme une compétence en jeu dans de nombreuses étapes incontournables de la prise en charge et du suivi, parmi lesquelles :

  • écouter le pratiquant,
  • étudier ses habitudes et sa pratique,
  • observer le pratiquant en action,
  • repérer les points à améliorer,
  • dispenser des consignes (de sécurité, de placement, d’exécution, respiratoires) et des conseils (techniques…).
  • donner des critères de progrès, des orientations et des axes de travail.

Il s’agit, à l’échelle de la séance d’entraînement ou de la situation de compétition, de tenir compte des ressentis à l’origine des réactions propres au sportif. A l’échelle de la carrière du sportif, c’est chercher à reconstruire l’histoire de chacun et ainsi comprendre la façon dont il s’est construit : son «  histoire personnelle, expérience vécue, création continue de soi… » (Revault d’Allones, 1989), comme l’illustrent les nombreux biopics de sportifs.

Conclusion
« Une personne est toujours complexe et nous ne pouvons pas en faire le tour dans une « explication » toute faite  » (Carfantan, Op. Cit.), comme par exemple « tel sportif se comporte ainsi car c’est un anxieux » ou « tel autre réagit comme ça car c’est un sanguin » !
Aussi, si l’empathie est un atout voire un outil pour la prise en charge et le suivi, elle n’est ni « télépathie », ni projection de sens, de valeurs, de signification, ni contagion émotionnelle.
Comprendre autrui est accessible à tous à condition de prendre le temps de l’écoute et de l’observation.
Cependant, l’utilisation triviale de la notion d’empathie doit alerter. En effet, « l’empathie est de plus en plus menacée par les manipulateurs de tous bords. Politiques, publicitaires, managers, extrémistes religieux, etc. tous seraient tentés de détourner la compassion pour autrui à leurs propres fins » (Olano & Tisseron, 2017). C’est le cas par exemple de certains coachs sportifs qui vantent et vendent leur prétendue prédisposition à comprendre et à accompagner les autres dans la réussite de leur projet.

Références :

  • Carfantan, S. (2002). Comprendre autrui. Philosophie et spiritualité. En ligne.
  • Grèzes, J. (2014). Comprendre l’empathie. Ecole Normale Supérieure. France culture. En ligne.
  • Laplanche, J. & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse. Presse Universitaire de France.
  • Olano, M. & Tisseron, S. (2017). Les pièges de l’empathie. Entretien avec Serge Tisseron. Sciences humaines n°293.
  • Revault d’Allones, C. (1989). Psychologie clinique et démarche clinique. In C. Revault d’Allones et al., La démarche clinique en Sciences Humaines. Paris : Dunod.
  • Tisseron, S. (2013a). Fragment d’une psychanalyse empathique. Albin Michel éditeur.
  • Tisseron, S. (2013b). Subjectivation et empathie dans les mondes numériques. Editions Dunod.

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