Comment parler de l’attentat contre le journal Charlie Hebdo ?

par Mme Rodary

Je leur dis que les événements d’hier sont suffisamment graves pour que nous en parlions et que d’ailleurs nous participerions sans doute à une minute de silence dans notre collège.

S... commence et décrit les détails de l’attentat. Elle en sait plus que moi sur les méthodes des terroristes pour entrer dans la salle de rédaction ainsi que sur leurs paroles et leurs gestes. Je me rends compte que le choc des vidéos et aussi des faits relayés par la télé ne l’ont pas épargné.
T... me demande si le 7 janvier va devenir un jour férié. Je suis surprise… je ne comprends pas d’ailleurs que sa question porte sur l’enjeu historique.

Une élève me demande si Charlie était un des dessinateurs tués. J’explique que c’est le titre d’un journal satirique c’est-à-dire qui critique des situations et essaie d’en faire rire par des dessins notamment des caricatures. Les dessins portent sur les hommes politiques et les responsables religieux. Ce journal défend la liberté d’expression.
R…. me signale que le journal a été victime d’un attentat déjà en 1974… Je recadre sur le fait que la France a déjà connu des attentats réguliers depuis plus de 50 ans et qu’à cette date n’existait pas sous ce titre.
L... se demande pourquoi nous n’étions pas au courant des menaces. Elle explique que cela l’effraie. Je manque de recul pour répondre à sa peur. J’explique que nos dirigeants cherchent à protéger la population sans provoquer la panique. Un système de sécurité appelé Vigipirate existe depuis longtemps pour faire face aux menaces.
P… est placé devant et me parle en aparté. Pour lui, les caricatures étaient racistes car elles insultaient le Coran et Mahomet. J’essaie de lui faire comprendre que les dessinateurs dénonçaient les extrémistes qui utilisaient la religion. Hier, toutes les autorités religieuses réunies à l’Élysée ont condamné cet attentat terroriste. Je ne le convaincs pas totalement… il va en parler à son grand-père.
Je sais que la communauté musulmane est touchée par l’islamophobie. Je sais que le conflit Israëlo-Palestinien entre aussi dans nos classes par des phrases assassines qu’il nous faut reprendre... Je sais également que sur la toile les opinions révisionnistes circulent sur les attentats du 11 septembre 2001...
V… au fond de la classe déclare qu’il vaudrait mieux que les terroristes soient tués par la police. Nous sommes dans un État de droit, cela signifie que l’on ne fait pas justice soit-même.

L’heure sonne. Je ne me sens pas satisfaite. Je me rends compte que je manque de recul et que je reste sidérée face à un tel déferlement de violence contre ces dessinateurs.

Comment parler de cet attentat ?

Voici quelques éléments de réponse :
Le pédopsychiatre Marcel Rufo donne 6 conseils pratiques en partant du principe que si vous êtes choqués, les enfants le sont aussi.

http://lci.tf1.fr/france/societe/comment-parler-de-l-attentat-contre-charlie-hebdo-a-vos-enfants-8544383.html

François Dufour, rédacteur en chef de « Mon quotidien » (10-14 ans) ou de « l’Actu » (+ 13 ans) a réalisé des numéros gratuits mis en ligne pour expliquer cet attentat aux enfants.
http://www.playbacpresse.fr/

Des professeurs ont témoigné de leurs manières de procéder, des réactions de leurs élèves et aussi de leurs difficultés face au sujet.
http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/08/parler-charlie-hebdo-a-lecole-ils-sont-intelligents-eleves-256966

Enfin, voici des dessins qui aident à en parler.
https://cloud.openmailbox.org/public.php?service=files&t=c5ac4a6b6dfa87735e8e8972d37a21d8

Je sais maintenant comment je procéderai
1) Que s’est il passé ? Qu’ont -ils compris de l’attentat ? Cet état des lieux permet de distinguer les faits et les opinions
2) Quelle était la particularité du journal Charlie Hebdo ? Qu’est-ce qu’un journal satirique ? Pourquoi avait-il à plusieurs reprises été menacé ?
3) La liberté de la presse dans le monde. Elle n’existe pas dans les États autoritaires et reste un indicateur de bon fonctionnement des démocraties.
4) Dessins de presse en hommage : les traits d’humour plus forts que le terrorisme.